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Entre
les constructeurs, les ensembliers, les équipementiers et les exploitants
de l'aéronautique, comment situez-vous un spécialiste de traitement
de surface comme Socomor ?
Socomor était, jusque très récemment, une PME franco-française qui,
grâce en particulier à l'Aérospatiale, a basé toute sa recherche
et son développement sur le métier de l'aéronautique au cours des
vingt dernières années. Cette évolution lui a permis d'acquérir
une expertise qui fait d'elle, aujourd'hui en France, un partenaire
incontournable. Conscient de ce savoir-faire, mais aussi conscient
de notre manque de " faire savoir ", nous avons décidé d'essayer
de capitaliser sur nos compétences techniques pour " populariser
" et commercialiser nos produits plus largement dans le monde.
Dans le cadre général des rapports existants avec les constructeurs,
les équipementiers, les ensembliers et les exploitants de l'aéronautique
une PME franco-française n'a, aujourd'hui, aucun avenir dans notre
métier. Nous vivons à l'heure des méga fusions et la plupart de
nos concurrents font maintenant partis de conglomérats plus ou moins
disparates, mais qui possèdent une puissance de frappe que nous
ne pouvons atteindre. Nous sommes confrontés à un choix simple :
ou atteindre la dimension mondiale ou ne plus être grand chose.
Cette ouverture sur l'international est aussi basée sur l'analyse
du marché aéronautique qui évolue essentiellement autour de quatre
constructeurs : Airbus, bien sûr, pour qui nous travaillons depuis
fort longtemps, Boeing toujours incontournable, Bombardier et Embraer
qui montent très fort en puissance.
En 1999 et 2000, Socomor a concrétisé cette stratégie, d'une part
au travers de la signature de plusieurs accords de coopération ou
de partenariat : à Montréal et Seattle avec MagChem (qui possède
une gamme de produits moteur homologuée par CFM, GE, ROLLS ROYCE
et PRATT & WHITNEY), et par la création de filiales à Barcelone
et Munich. En Grande-Bretagne Socomor Ltd est en phase de finalisation
et d'ouverture. Enfin nous avons un bureau de représentation a Sao
Paulo depuis Octobre 1999 ; et d'autre part au travers des 3 millions
d'Euros investis sur le site de Vannes. Cet investissement nous
permet d'avoir les moyens industriels de notre développement commercial,
et d'assurer la crédibilité de notre capacité de R&D avec l'ouverture
de notre nouveau laboratoire. Avec près de 500m² ce laboratoire
est la pièce maîtresse de notre stratégie. Seule notre capacité
à rester à l'écoute des besoins spécifiques à l'aéronautique pourra
nous permettre de maintenir la confiance de nos clients, à l'heure
où pour la majorité de nos concurrents l'aéronautique n'est qu'un
autre marché industriel. Pour confirmer cette stratégie nous avons
la chance d'avoir été rejoints en mars par un nouvel ingénieur chimiste
(soit un effectif total de 10 collaborateurs dont 8 chimistes),
qui en plus de ses compétences de formulateur, parle 5 langues ce
qui nous permettra d'assurer le support technique dans la langue
de nos clients.
Pourriez-vous
préciser vos objectifs et votre stratégie industrielle ?
Nos objectifs sont de deux natures. Tout d'abord Socomor ne se considère
pas comme un fabricant de spécialités chimiques, mais comme un spécialiste
de la finition de surface, c'est-à-dire de tout ce qui est avant
et après la peinture. Ensuite, les produits que nous commercialisons
aujourd'hui sont, en très grande majorité, des produits homologués
essentiellement par Airbus et ses partenaires, ainsi que Snecma.
Mais demain ils devront l'être également par Bombardier, Boeing
et Embraer pour ce qui est des constructeurs d'avions et par CFM,
GE , PRAT & WHITNEY et Rolls Royce pour les moteurs. Les flottes
des compagnies aériennes sont en effet de plus en plus hétérogènes
ou plutôt intègrent désormais des appareils des quatre constructeurs
et des cinq motoristes. Si nous voulons rester présents sur le marché,
nous ne pourrons plus proposer un produit bénéficiant d'une seule
homologation. Cette évolution explique notre besoin d'implantation
en Amérique du Nord et au Brésil.
Sur
ce marché, quelle est la proportion de la maintenance, de l'entretien
et de la révision d'une part, de votre intervention sur les pièces
et matériels neufs (moteurs, cellules et équipements) d'autre part?
Historiquement Socomor travaille essentiellement avec des constructeurs
aéronautiques (OEM), Aérospatiale bien sûr puis Airbus. Mais il
est clair que le marché de demain sera celui de la maintenance,
et nous nous devons d'être présent sur ce marché. En 1999, nous
avons pris conscience de la faiblesse de notre gamme de produits
dans le domaine des moteurs et pour remédier à cette insuffisance
nous avons conclu un accord stratégique avec MAGChem, spécialiste
des produits moteurs dont les produits sont homologués par tous
les grands motoristes, General Electric, Rolls-Royce, Pratt & Whitney,
Snecma, et l'alliance GE/Snecma du CFM56. Cela nous permet de proposer
une gamme complète de produits : fuselage, moteurs en Europe et
Amérique du Nord. Par ailleurs notre présence sur les salons MRO,
de Shannon en septembre 1999 et à Nashville en Avril, montre le
souci de Socomor de se faire connaître et grandir sur ce marché.
A horizon 5 ans nous avons l'objectif de réaliser plus de 50% de
notre chiffres d'affaires Aéronautique dans le secteur de la maintenance.
Quels
types de relations et de partenariats développez-vous avec vos clients,
voire avec vos fournisseurs, et notamment avec Aérospatiale et l'Adême,
compte tenu de l'évolution des techniques et des supports ?
Aujourd'hui nous travaillons sur des marchés de grands comptes et
n'avons finalement que de très gros clients. Même ceux qui nous
commandent peu expriment des attentes de grands comptes. Nous devons
donc développer une approche grands comptes homogène. C'est pour
cela que nous avons développé les partenariats : avec Contec pour
les systèmes de lingettes pré-imprégnées, avec MAGChem autour de
la gamme moteur, avec Poly Pacific pour le média plastique. Ces
partenariats, et les nombreux autres à venir, vont nous permettre
de développer une offre ultra-compétitive. Ainsi, nous formons avec
nos partenaires une association de PME qui vont se concentrer sur
leur métier, dépendre les unes des autres, pour être aussi performantes
que les grands groupes qui nous concurrencent tous les jours. En
ce qui concerne plus généralement les rapports avec l'Ademe ou les
coopérations techniques avec les grands groupes, je prendrai un
exemple : depuis cinq ans nous avons établi une convention entre
l'Aérospatiale et l'Adême pour travailler sur de nouveaux procédés
qui permettraient la réduction notable des COV (Composés Organiques
Volatiles).
Quel
rôle l'environnement joue-t-il dans vos processus industriels et
plus particulièrement en ce qui concerne la diminution des émanations
de composés organiques volatiles ?
C'est vrai qu'il peut sembler un peu étrange qu'une entreprise comme
Socomor, qui réalise une part importante de son chiffre d'affaires
dans les solvants, ait pour cheval de bataille la réduction de ces
solvants. Autrement dit mécaniquement, si nous gagnons notre pari
avec, entre autres, les lingettes pré-imprégnées Contec, nous réduirons
nos ventes de solvants de manière significative. En fait, je crois
que cette démarche représente une chance pour Socomor. Nous avons
beaucoup moins à perdre dans le développement de l'innovation que
les grands groupes. Nos investissements sont à la hauteur de nos
moyens, alors que les conglomérats qui ont investi des dizaines
de millions dans des outils de production et des démarches marketing
internationales, auront souvent tendance à freiner les innovations
dont le premier résultat sera de rendre ces investissements obsolètes.
Socomor revendique cette liberté, cette possibilité de toujours
proposer à ses clients des produits innovants.
Quels
sont les critères de développements internes et externes de Socomor,
tant en France qu'à l'étranger, et en relation avec le groupe MEABAN
dont vous faites partie ?
Comme je l'indiquais précédemment, nos critères de développement
peuvent aujourd'hui se résumer en deux points : développer une offre
complète et avoir une proximité géographique et linguistique avec
tous nos grands clients. Cela explique notre implantation au travers
de filiales, à Barcelone pour Casa, en Allemagne pour Dasa, en Angleterre
pour British Aerospace, avec notre bureau au Brésil pour Embraer,
et enfin dans le cadre de l'alliance avec MAGChem à Montréal pour
Bombardier, Seattle (juin 2000) pour Boeing, et Wichitta (début
2001). Une offre Pluri-nationale (à la différence d'internationale
ou de multinationale) qui prend en compte les spécificités locales
et les méthodes de travail qui font la richesse de nos clients.
Une telle couverture nous permettra aussi d'assurer une réelle présence
chez les clients de nos clients, je veux parler des Compagnies Aériennes
et des centres MRO. En effet pour être aujourd'hui un fournisseur
crédible auprès des grands constructeurs il faut désormais leur
assurer que les produits pour l'homologation desquels ils ont investi
du temps et de l'argent, seront disponibles aisément pour tous leurs
clients où qu'ils soient dans le monde. D'autant plus que comme
précédemment évoqué la maintenance va représenter une part grandissante
du ma rché.
Propos
recueillis le 23 mars 2000
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